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Les premiers pas de l'électricité à nancy, une anecdote




    Nancy est parmi les villes pionnières de l’électricité. Difficultés techniques d’une part (coexistence de réseaux continu et alternatif, coupures), problèmes de capitalisation de sociétés nouvellement créées d’autre part freinent la mise en place de l’électrification et ceci dans toutes les villes et à Nancy en particulier.

Une anecdote décrite dans différentes gazettes de l’époque, locales ou nationales (le Figaro), illustre les problèmes liés à la qualité du réseau électrique tout nouveau à Nancy.
 Par un beau dimanche de novembre 1890, deux dragons, M. Gamien et son ordonnance, trois chevaux, l’un tenu par la bride, descendent le Faubourg Saint-Jean. Au voisinage de la porte Stanislas, le cheval non monté effectue des mouvements désordonnés et tombe raide mort, foudroyé.

 Explication : le cheval est passé sur une plaque de fonte de l’un des regards de la canalisation qui sert à la distribution électrique pour l’éclairage de Nancy.
 Les courants alternatifs de la technique Ferranti par dynamos nouvellement adoptée par la ville … et surtout la pose des fils dans le sol et leur isolement hasardeux ont conduit à une décharge de quelque 2400 volts auquel notre cheval n’a pas résisté. Le fait a également été observé dans d’autres villes ayant choisi cette technique Ferranti et surtout cette société qui en a acquis le monopole, la Compagnie Nationale d’Electricité (société constituée en Août 1889). On cite des cas de morts de chevaux à Paris ville alimentée par la centrale des Halles utilisant la technique Ferranti et surtout cette même compagnie exploitante (mai 1890).

A cette époque, fils téléphoniques, tuyaux à eau et à gaz, grilles en fer, trottoirs des rues et plaques d'égout semblent se changer en machines infernales.
 Paris, Nancy, Le Havre, Troyes ont été les premières villes à développer cette technique Ferranti et la Compagnie Nationale d’Electricité pour l’éclairage. Nous sommes en 1890. D’autres villes sont intéressées et en conséquence il est fait appel au marché financier en Juillet 1890, sous forme d’émission d’obligations.

La Compagnie Nationale d'Electricité, c'est quoi?
 1900 - Société au capital de Un million de francs.
 Siège social : 29 rue de la Victoire, Paris.
 Constituée en 1889.
 Exploitation du système Ferranti (courants alternatifs à haute tension, inventé par Sebastian Ziani de Ferranti).

 La Compagnie Nationale d'Electricité, fondée en 1889, a pour base la propriété et l'exploitation des brevets Ferranti, pour la France et ses colonies, ainsi que le monopole de la vente de ses machines. Il est inutile d'insister sur la valeur des alternateurs Ferranti. Leur adoption par nombre de grandes villes en France et en Angleterre les a suffisamment fait connaître au public, en dehors du monde technique.
 Leur grand avantage et de pouvoir transmettre le courant, sans perte, à de grandes distances, ce qui permet d'installer les usines de production sur des terrains à bas prix, éloignés des centres, et à proximité des voies de communication. Paris (secteur des Halles), plusieurs quartiers de Londres ; Nancy, le Havre, Troyes, Dijon, Nîmes, vingt autres villes moins importantes, sont équipées. La ville de Portsmouth (Angleterre) vient également d'être dotée d'une usine électrique, système Ferranti.
 La transmission du courant se fait par des fils de faible diamètre, convenablement isolés, d'une pose très rapide et d'un prix peu élevé. On comprend que, dans ces conditions, l'éclairage électrique, qui a la préférence des consommateurs, soit devenu une industrie rémunératrice pour les capitaux.
 Chaque appareil peut alimenter 500 à 30000 lampes (la concurrence 1500). Ils transmettent à longue distance l’énergie sans grande perte. Economie dans les dépenses de canalisations (au détriment de la sécurité ?) ; pas besoin de fils de cuivre comme dans les techniques avec courant continu à basse tension. On utilise des fils métalliques isolés placés en pleine terre !

 Villes éclairées par les Dynamos Ferranti (en France en 1893) :
 Paris (Secteur municipal), Nancy, Rethel, Le Havre, Saint-Céré, Sens, Melun, Troyes, Sainte-Savine, Nîmes, Marguerittes, Caen, Dijon, Cannes, Poitiers, Auxerre.

Arguments pour attirer l’investisseur :
 II y a tout lieu de croire que l'augmentation ininterrompue de la consommation procurera à la Compagnie des bénéfices croissants. Chaque année elle étend le réseau de ses fils-et recueille de nouveaux abonnements.
Ces obligations sont, garanties par les usines de la Compagnie, les canalisations, le matériel d'exploitation, les abonnements, les contrats avec les administrations publiques et privées, les brevets, etc. (coexistence de réseaux continu et alternatif, coupures)

 La société sera déclarée en faillite en 1907, maigre consolation pour notre cheval et son dragon nancéiens.



Illustrations​

1- Une rare représentation de la porte Stanislas au 19ème siècle. On remarque en particulier une petite construction protégée par des bornes et qui renferme à cette époque une bassine, réservoir alimenté par les eaux de l’Asnée puis de l’Asnée et de Boudonville, avant distribution dans différents lieux de la ville. On remarque que cette bassine alimente une fontaine ; elle alimente aussi les fontaines de la Place Stanislas et celle de la place d’Alliance (document Thèse E. Martin). On sait qu’en 1895 la fontaine existe encore (analyse chimique de l’eau par le professeur Macé).


 2- Exemple d’appel au marché financier par la Compagnie Nationale d’Electricité en 1900






 Les cartes postales écrites respectivement en 1899 ( Neurdein Photo) et 1900 mais dont on ne connait pas la date d’édition, montrent :
- d’une part, l’absence de bassine et de fontaine ; la date d’édition est donc située entre 1895 (la fontaine existe encore) et 1899/ 1900.
- d’autre part l’absence d’éclairage électrique au voisinage de la porte Stanislas sur la carte écrite en 1899 mais à la date d’édition inconnue.





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