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Léopold Poiré




   Le dessin à la mine de plomb a été réalisé par Léopold Poiré pour faire connaître l’inquiétude des Nancéiens sous la menace des raids aériens allemands.. Il représente la place Stanislas et des projecteurs de la défense aérienne de Nancy. Dessin au Conservatoire de l’Image.
Léopold Poiré en 1911 dans l’atelier d’Henri Bellieni. Eau-forte autoportrait 1915.
 Léopold Poiré est né à Metz en 1879 et est mort à Nancy en 1917.


Léopold Poiré était photographe, peintre et graveur. Un peu avant sa vingtième année, il travaille comme apprenti chez Jean-Louis Graffe à Metz.
 Le jeune Léopold vénère profondément la cité historique messine, mais il supporte mal la pesanteur de l'annexion et notamment les scènes humiliantes des relèves de la garde prussienne ou les corvées de quartier que subissent les enrôlés de force ou de plein gré. Alors, il quitte sa ville, dont il gardera toujours la nostalgie, les défilés et imposantes prises d'armes des régiments prussiens et s'installe à Nancy en 1901.
 Dans cette ville, il eut pour maîtres d’apprentissage en photographie l’atelier Lassale de Metz, puis le peintre et décorateur Jean Louis Staples ; il est l’élève des peintres Thiriot (peintre messin), Culmann. et de l’artiste Victor Prouvé lorsqu’il s’installe à Nancy. Il figura au Salon annuel de Nancy de 1899 à 1913 avec des vues de Nancy et de Lorraine ainsi que des portraits.
Il entre au service de la maison d'optique Bellieni de Nancy. Henri Bellieni (1), héritier d'une entreprise commercialisant toutes sortes d'instruments de précision, fondée à Metz et repliée à Nancy en 1871. Ce dernier développe son activité en direction de la photographie qui est en pleine expansion. Henri Bellieni était basé au 17 Place de l’Académie (Place Carnot) ; Maison médaillée d’or à l’exposition universelle de Paris en 1879 dans le domaine des mathématiques de la physique et de l’optique, en fait spécialisée dans les appareils photographiques et leurs accessoires ainsi que la lunetterie.
 Léopold Poiré n'était qu'un employé parmi d'autres, mais ses archives personnelles permettent d'authentifier ses oeuvres et ses clichés originaux.

Sur son travail :
 Il savait suggérer la poésie des lieux, jouer de la lumière, surprendre l'expression d'un visage ou d'un corps en même temps qu'ils révélaient l'extrême sensibilité de l'artiste. C'était aussi un magicien du clair-obscur, un virtuose du temps de pose, Léopold Poiré c'était celui qui avait, l'extraordinaire pouvoir d'apporter un supplément d'âme à une technique parfaitement maîtrisée.
 Habile, intelligent, compétent, techniquement impeccable, avec une grande sensibilité et les qualités artistiques rares, pas un photographe qui aspire à la simple perfection technique. Ses œuvres dénotent un goût pour les coups de feu, la capacité à gérer la lumière et le clair-obscur, le droit de saisir la poésie d'un moment magique.

 Il a commencé à travailler avec des écrivains et des artistes tels que Henry Bataille et Victor Prouvé; est venu en contact avec le cercle du "Chat noir", fondée par George Auriol, pour lequel il a souvent été invité à la capitale pour exposer ses œuvres. A Paris, il se lie d'amitié avec l'un des meilleurs graveurs de son temps: Félix Bracquemond. L'influence de ce dernier et du peintre Victor Prouvé, le pousse à se consacrer à la gravure. En 1913, une collection de ses 45 gravures dédiées à Nancy est publiée par Victor Berger avec le titre "Nancy artistique et pittoresque". Cette publication a obtenu un grand succès auprès des critiques et du public.
 Il obtint deux médailles à l'Exposition du Parc Sainte-Marie à Nancy en 1909, au titre de collaborateur de la maison Bellieni. En 1911, il est nommé Officier d'Académie. En 1913, son buste exécuté par Auguste Vallin-Hekking, est présenté à la Société Nationale des Beaux-Arts.

 La déclaration de la première guerre mondiale le laisse désemparé, considéré comme déserteur de l'armée prussienne, il ne peut intégrer l'armée française, malgré son patriotisme, à moins d'un engagement dans la légion étrangère.
 Finalement, Léopold Poiré décide d'être "un témoin privilégié de la Grande Guerre : de Gerbéviller à Verdun, de la Champagne à la Somme, jusqu'aux Vosges, il va sublimer son talent en faisant du reportage d’actualités en Lorraine et à l’étranger au service de ces "hommes égarés dans la tourmente", jusqu'à sa mort prématurée à l'hôpital de Nancy, le 18 juin 1917 à l'âge de 38 ans seulement. Il n’a pas eu la joie de revoir sa ville natale délivrée du joug.
 En 1916, peu avant sa mort, il exécutait un magnifique dessin en l’honneur de « sa » cathédrale de Metz. Où est ce dessin ?

 Le fonds Léopold Poiré-famille Berger est en dépôt au Conservatoire régional de l'image: classement des plaques photographiques et réflexions autour des perspectives qu'il dessine.



(1) En tant qu'artiste photographe et ingénieur, Henri Bellieni traverse une période fascinante et participe aux bouleversements de ce nouvel art qu'est la photographie : le développement de la photographie en relies; l'apparition de la couleur, le développement de l'optique - dont il sera l'un des inventeurs avec les chambres d'atelier, les jumelles de formes diverses... A côté de ce travail d'inventeur, il est surtout un véritable artiste de la photographie qui nous montre une Lorraine 1900 entre monde rural et vie urbaine. Membre influent de la Société lorraine de photographie, Henri Bellieni est aussi un remarquable publiciste. Il a également animé un atelier pendant de nombreuses années d'où sortiront quelques-uns des grands photographes lorrains de la première moitié du XXe siècle comme Léopold Poiré. Il est aussi un collaborateur de l'École de Nancy et réalise un important reportage photographique de la grande exposition Nancy 1909. Il participe à de nombreuses grandes expositions internationales, dont celles de Saint-Louis/USA (1904), Liège (1905), Milan (1906), Londres (1908) ou Paris. Au fil du temps, un "label Bellieni" s'est créé, que ce soit en tant qu'artiste photographe de la Lorraine 1900, inventeur, publiciste ou animateur. Il est la référence de la photographie en Lorraine au début du XXe siècle.