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Les Fould, une dynastie dans les forges et aciéries lorraines.

Les Aciéries de Pompey



Une vue générale de l’usine des aciéries de Pompey et
 Plaque sur un pilier de la Tour Eiffel portant la mention suivante :
« Forges et usines de Pompey
 Fould-Dupont
 Fournisseur des fers de la tour »


    Auguste Dupont (1792-1869) et son fils Meyer Myrtil-Mayer Dupont (Metz 1816-1884) ainsi que son gendre Alphonse-Isaac Dreyfus (1802-1888) sont marchands de bois et de houille à Metz. Ils exploitent en 1836 des forges dans les Ardennes dont l’une au Bois de Chéhéry sera transférée à Ars- sur- Moselle en 1846. L’ « usine à fers » d’Ars avec sa forge, six haut-fourneaux, trente-deux fours à puddler, des trains de laminoirs atteint deux mille ouvriers en 1869; c’est, en Lorraine, la seconde en importance après celle d’Hayange.


 L’usine est cédée en 1871 suite à l’annexion (Traité de Francfort); les exploitants quittent Ars alors dans l’Empire allemand et s’implantent à Pompey où une concession de fer leur est accordée (1873) et où ils construisent deux hauts-fourneaux.
 Dreyfus se retire en 1874, une fille de Meyer- Myrtil Dupont, Fortunée- Léonie Ernestine Dupont épouse le parisien Alphonse Fould (né à Paris en 1850) et ce dernier devient en 1875, à côté de son beau-père, gérant en nom collectif de la société Fould-Dupont. Alphonse sera également Censeur de la Banque de France de Nancy de 1884 à sa mort. En 1882, la Société des Forges et Laminoirs Dupont et Fould est créée à Pompey.

 En 1888, l’usine assure la livraison des 7000 tonnes de fer puddlé de la tour Eiffel. Puis, Alfonse Fould rachète toutes les parts de sa femme, Fortunée-Léonie Dupont. En 1886, A. Fould devient le seul gérant de la société.
 Une aciérie Martin puis une aciérie Thomas sont crées, l’acier remplace le fer puddlé et deux nouveaux hauts-fourneaux sont construits.
 En 1898, afin d’élargir la base financière, la société devient société anonyme « Société des Hauts-Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompey » avec Alphonse Fould comme Président. L’usine a trois mille ouvriers en 1910.





Hélène Helbronner

Mmomon père et mes frères ont mis leur talent au service de la Lorraine

Pompey et la Tour Eiffel
 Les poutrelles et cornières de la Tour Eiffel ont été fabriqués à partir de fers laminés venant des forges de Pompey. Quelque 7000 tonnes de fer puddlé ont été nécessaires.
 Une plaque rivée en fonte à la base d’un pied porte la mention ;
 Forges et usines de Pompey - Fould-Dupont - fournisseur des fers de la tour.
 Le métal riche en inclusions possède les caractéristiques mécaniques suivantes : résistance : 35 kg / mm2 et allongement 8 %.

Ce qu'on lit à l'époque:

"...En sommes nous vraiment tombés à ce degré de barbarie que les hommes d'élite qui dirigent une entreprise, où notre honneur national et la vieille réputation de la France sont engagés, confondent la grandeur matérielle d'un monument avec sa grandeur artistique ?
 Faut-il qu'ils se laissent séduire par l'audace d'un forgeron qui est venu confier son rêve babylonien monstrueux de marchand de ferraille, manifestement désireux de placer d'un seul coup le plus de marchandise possible ?"

 C'est ainsi qu'est jugé par un journal de 1886 le projet d'une grande tour métallique présenté par Gustave Eiffel*, à la demande du gouvernement, pour la futur Exposition universelle de 1889.




La porte monumentale
de l’exposition internationale de 1909 à Nancy. La porte a été fabriquée et offerte par la S.A. des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompey
 Hélène FOULD fille d’Alphonse Fould (1878-1927). Elle épousera Paul Helbronner, Hélène décède en 1927.
 Mise en valeur de l’attitude du personnel de la Société par le Ministère de l'Armement en 1917 et 1918.​

 A la veille de la première guerre mondiale, A. Fould, ses trois fils, René-Auguste (Nancy 1875- Paris 1961), Charles (1876-1951, censeur puis conseiller de la Banque de France de Nancy) et Maurice (né en 1883), le gendre Paul Heilbronner marié à Hélène Fould fille d’Alphonse ainsi que le banquier Halfen sont les dirigeants de la société. L’usine fabrique, y compris pendant la guerre.
 Alphonse Fould décède au château du Montet, à Villers-les- Nancy, le 8 octobre 1913 ; léguant l'usine de Pompey à ses fils.

 Puis la concurrence se développant après guerre, la société s’oriente vers d’autres fabrications : ferro-manganèse, fontes spéciales, essieux de wagons, profilés spéciaux et aussi aciers de qualité avec la reprise de l’usine de Dieulouard en 1927. Un centre de recherches est créé en 1932 qui déposera de très nombreux brevets. En rachetant l’usine de Lorette, la société développe les transformés à froid à Pompey. Enfin un four électrique est installé en 1939.
René-Auguste Fould sera président et administrateur délégué de la société ; en 1941, il est écarté de la direction ainsi que sa famille mais récupère sa place à la Libération. Il aura ensuite les plus hautes fonctions dans le domaine de la construction navale et des organismes patronaux.

 Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle orientation est donnée avec la décision en 1948 de s’orienter vers la production d’aciers spéciaux de construction. En 1953, la société devient « Société des aciéries de Pompey ». Effort de recherches, méthodes de fabrication, rigueur des contrôles, implantation d’un second four électrique, moyens de traitements thermiques, atelier de parachèvement, train à fil en 1955, la nouvelle orientation est donnée. Pompey assure la première élaboration LD mondiale sur fontes phosphoreuse avec le procédé LDP (P comme Pompey). Nouvelle aciérie à l’oxygène en 1962, remplacement des aciéries Thomas et Martin (de Pompey et Dieulouard) et du premier four électrique en 1964 par un nouveau four électrique assurent alors les capacités requises. En 1968 la Société Nouvelle des Aciéries de Pompey est créée avec de nouveaux actionnaires. Une journée du centenaire est organisée en 1974 où l’objectif d’une usine de 600000 tonnes de capacité est annoncé, objectif qui ne sera pas atteint hélas puisque l’usine cessera sa production en 1986. L’usine sera démontée en 1989.

 Emplois perdus, carrières stoppées ou réorientées vers d’autres sites sidérurgiques ou non, des épreuves personnelles mais cela est une autre histoire…..

Après un rappel des grandes dates des Aciéries de Pompey et de divers dirigeants de la dynastie Fould , je rendrai un hommage simple mais fort à l'ouvrier sidérurgiste en reprenant le poème d'Adrien Printz sidérurgiste et écrivain de la vallée de la Fensch, poème intitulé "un ouvrier":

Un ouvrier passait par là
 Où passait une poche de fonte
 En contrebas, il y tomba
 Et fondit entier dans la tombe
 On prit de la fonte pour faire
 Le poids de l'homme dans la bière.​

 L'introduction de Pierre Dumayet,dans le livre "la treuille" (**) nous apprend que vers 1960 à Pompey, il était entré dans la maison d'une veuve. Sur la cheminée, il y avait un cube d'acier. Le mari de cette femme était tombé dans un haut-fourneau. Dans ce cube d'acier, il y avait un morceau de la vie de l'homme. Le cercueil contenait l'équivalent du poids du mort en fonte.

 (**) La treuille, l'état des lieux / l'ergonaute/ CE Pompey/ La Différence 1986


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Rappel des activités de Pompey, aciérie intégrée allant de la fonte aux produits finis laminés :
 Ferro-manganèse, aciers courants pour usages particuliers (disques, profilés spéciaux, large-plats), aciers fins et spéciaux de construction, pour outillage, pour roulement) ; lingots de forge, demi-produits, barres, profils spéciaux, tôles, plats, large- plats, feuillards, fils machine ; aciers écoutés, étirés, rectifiés ; moulage en fonte, laitiers.

Les principaux secteurs de clientèle :
 Industrie automobile et poids lourds, forge estampage, industrie du pneumatique (fil pour carcasse de pneumatique), industrie mécanique, machinisme agricole, industrie du levage, de la manutention, industries du ressort, du roulement, décolletage, industrie du boulon,…

Les moyens de recherche ont permis le développement de nombreux produits nouveaux dans le domaine des aciers spéciaux. Par exemple : aciers résistant à la corrosion (marque APS), aciers résistant à l’abrasion (Abradur), aciers résistant au fluage (PF), aciers à haute limite élastique soudable (Eiffel), aciers de construction mécanique à usinabilité améliorée (Pégase, AGPV, Usimax), aciers triplex, aciers de haute qualité pour roulement, aciers pour fil pour pneumatique,…



L'usine de Pompey depuis Frouard, 1909 (extrait Gérardin)



La fonderie de Pompey par Victor Guillaume

 Victor Guillaume; membre du groupe « jeune école lorraine », Victor Guillaume (1880-1942) commence comme sculpteur chez Eugène Vallin, puis sculpteur sur façade (voir l’Excelsior) puis peintre évoluant vers une conception particulière du cubisme. « Cubisme raffiné, d'ordre, de mesure et d'harmonie » ( Mémoires de l'Académie de Stanislas 1972-73). Il participe à la création du « Comité Nancy-Paris », comité créé pour favoriser l’échange des courants artistiques entre Paris et Nancy



Usine de Pompey en 1966 par Lucien Geindre


On pourra lire de Lucien Geindre "la renaissance de l'industrie métallurgique au 19ème siècle







Les aciéries de Pompey par Michel Colle 1909 (Musée lorrain Nancy)



Vallée de Pompey

Charles-Marie Peccatte (1870-1962)



Usine sidérurgique par Victor Guillaiume



Usine sidérurgique par Victor Guillaume



Non loin de Pompey, les anciens hauts-fourneaux de Maxéville, huile sur toile par Michel Colle (Musée de l'histoire du fer Jarville-Nancy). Ce peintre a profité du mécénat d'Eugène Corbin



Yannick Rachet; aciéries de Pompey, années 1970



Yannick Rachet; aciéries de Pompey années 1970



Victor Guillaume, la coulée



Victor Guillaume, lingotières



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