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Notre-Dame de Bon-Secours

Quelque 4000 à 8000 bourguignons tués à la bataille de Nancy en 1477 sont enterrés en 1484 dans une fosse, sur un terrain appartenant aux dames prêcheresses

Un religieux obtient en 1484 le droit de René II de faire construire à cet endroit une chapelle pour remercier la Vierge Marie de la victoire du Duc de Lorraine

Cette chapelle, dite des Bourguignons ou Notre-Dame de la Victoire et des rois ou Notre-Dame de Bon- Secours est alors construite (en 1498), ainsi qu’une maison pour le chapelain ermite

En 1505, le sculpteur de la porterie Mansuy Gauvain honore une commande de René II et crée une Vierge; cette dernière abrite sous son manteau le genre humain avec d’une part des ecclésiastiques et d’autre part des laïcs ( roi, prince, nobles, peuple)

Le mur d’enceinte du cimetière ainsi qu’ une croix sont réalisés en 1523 à la demande de Renée de Bourbon, femme d’Antoine, duc de Lorraine

En 1609, les Pères Minimes de Nancy assurent le gardiennage ( choix d’Henri II);

En 1629 la chapelle est agrandie d’une nef par Charles IV et un bâtiment est créé pour les religieux; les lieux seront de plus en plus fréquentés au 17ème comme lieux de pèlerinage ( peste de 1630- 1631, guerre de Trente ans , occupations des Français, famine, miracles, grâces)

Les ducs de Lorraine Charles IV , Charles V, François III qui combattent dans l’armée autrichienne déposent dans la chapelle les drapeaux gagnés sur les Turcs (*)

(*) On y déposa successivement avec pompe , en hommage à la Vierge , six étendards, pris en différentes guerres aux infidèles : deux auraient été donnés par Charles V ( Saint-Gothard 1665); un , par Charles François de Lorraine, prince de Commercy, qui l'avait arraché aux mains d'un janissaire, à la bataille de Mohacz , en 1687; un, donné par l'empereur Charles VI, et pris à la bataille de Peterwardein, en 1716; deux autres enfin de là bataille de Mehadia , en 1738 (pris par François III).

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Chapelle, bâtiments de l’ermite et des religieux, croix du cimetière,
mendiants, tours de Saint-Nicolas ( à gauche), pèlerins;
le mur du cimetière et la croix datent de 1523
Au pied de la croix, les vers inscrits par Renée de Bourbon, femme du Duc Antoine:

Mil quatre cens soixante et seize advint,
Que Charles duc de Bourgogne icy vint,
Accompaigné de soudars et gens d'armes,
Guidant Nancy surprendre à force d'armes.
Veille des Roys, qu'on départ le gasteau,
Il fut occis en passant un ruysseau,
Et la plus part de ses hommes de guerre
Furent occis et semez sur la terre,
Puis recueillis par le commandement
Du preux René qui vertueusement
Obtint sur eulx glorieuse victoire,
Dont les corps sont cy gisants. En mémoire
De ce conflict, Renée de Bourbon,
Noble princesse ayant vouloir très bon,
Femme du très illustre duc Anthoine,
Fils de René, notre duc de Lorraine,
A faict bastir ce cymetière et croix
L'an mille cinq cens avec vingt et trois.
Priez à Dieu que par sa saincte grâce
Aux trespassez pardon et mercy face.
Amen


Au 18ème siècle:

Le roi de Pologne Stanislas arrive à Nancy en 1737; très pieux, il décide de construire une église plus somptueuse  en remplacement de l’ancienne chapelle et de placer son règne en Lorraine sous les auspices de la Vierge. Le lieu est très bien  situé sur la route de Lunéville, près de la Malgrange et des Missions Royales; elle sera consacrée en 1741 et l’ancienne église est détruite;
les pierres et colonnes viennent  en partie du château de la Malgrange élevé par Léopold ( et inachevé);
l’architecte est Emmanuel Héré; Provençal peint le plafond; les grilles sont de Jean Lamour, les murs en stuc imitant le marbre sont de Louis et Nicolas Mansiaux de Ceintrey


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La vierge au manteau
bel exemple de sculpture lorraine du 16ème

L’ architecture est d’ Emmanuel Héré
Détails architecturaux des différents niveaux

Elévation à ordres superposés  identiques à l’architecture italienne de la Renaissance; trois travées
Au  premier niveau, une porte en plein cintre et des angelots ainsi que les niches abritant les statues de Sainte Catherine patronne de Catherine Opalinska
( inspiration d’un modèle de Raphaël) et celle de Saint Stanislas, évêque de Cracovie;  les très  hauts contreforts supportent l’entablement
Au second niveau, les fenêtres qui éclairent la tribune avec la devise des Minimes ( Charitas)
Au troisième niveau, les panneaux de l’attique sans décor sculpté
Le quatrième niveau  est orné des armes du roi Stanislas et des consoles renversées soutiennent des pots à feu.
L’ordre du premier niveau est repris dans le dernier niveau avec pilastres et colonnes et appui à claire-voie; le toit à bulbe (et couverture d’ardoises) est un clin d’œil aux origines autrichiennes  d’Emmanuel Héré et  aux pays d’Europe de l’Est d’où vient Stanislas.

       


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Sainte Catherine et Saint Stanislas, patrons du roi et de la reine de Pologne;
 ces statues mutilées sous la Révolution ont été restaurées en 1850
 par Jiorné Viard
Vers 1860- 1865, le chœur est agrandi à l’occasion des cérémonies de couronnement de la statue de la Vierge par Pie IX; une niche est aménagée pour la statue par Jules Laurent dans un style rocaille avec puits de lumière
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Charitas, la devise des Minimes ( ordre fondé par Saint François de Paule) et les anges et guirlandes de fleurs à la clé de la porte d’entrée
Au second attique, les armoiries actuelles de Stanislas
remplacent celles qui ont été martelées sous la Révolution.
 (aigles polonais  associés aux chevaux du grand duché de Lituanie  et au buffle des Leszczynski)

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La prière de René II avant la bataille de Nancy en 1477

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Ancienne fenêtre ( la seule de la nef) à gauche et exemple des vitraux actuels qui datent de 1903 1904 et sont l’œuvre de Joseph Janin
En bas ( à droite), médaillons représentant l’histoire de Bon- Secours

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La statue de la Vierge devant la première chapelle en 1505

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Quatre travées divisent la nef; le chœur est plus étroit;
 superbe décor polychrome: marbres, stucs de Louis et Nicolas Mansiaux, ferronneries de Jean Lamour à l’origine;
deux niveaux de baies très hautes; formes géométriques simples des soubassements

L’Assomption de la Vierge, enlevée dans le ciel par les anges
la tête est couronnée de 17 étoiles
14 anges musiciens célèbrent sa gloire
guirlandes de fleurs; le décor en trompe-l'œil de la voûte est de
 Claude- Joseph Gille dit Provençal  ( 1742)

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La Vierge de Bon- Secours, statue offerte par René II en 1505
Tout le groupe est d’une seule pierre ( de Savonnières);
 l’œuvre est de Mansuy Gauvain;
la polychromie date du 18ème siècle

Laïcs et ecclésiastiques agenouillés sous le manteau de la Vierge dans une attitude de supplication ( mains jointes)

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En haut, l’ange Gabriel annonçant la naissance du Christ à la Vierge assise devant le livre ouvert des Ecritures
( iconographie traditionnelle de l’Annonciation)
L’Immaculée Conception
la Vierge pose le pied sur le serpent tentateur; deux anges l’accompagnent portant le lys ( pureté) ou regardant la terre

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Détails du mausolée de Stanislas  réalisé par Louis-Claude Vassé, sculpteur néo-classique et commandé par son beau-père Louis XV
inhumation 4 mars 1766
Stanislas ne pouvait se faire enterrer à côté des Ducs de Lorraine (aux Cordeliers) dont il avait pris la place
Sous la révolution, le monument fut sauvé car transféré à la chapelle de la Visitation alors transformée en musée

Allégorie de Lorraine à genoux, bouleversée, fixant le roi tandis que la Charité, allaitant un enfant, pleure; le globe terrestre est recouvert du voile de deuil.

Ici repose Stanislas , surnommé le Bienfaisant ; éprouvé par toutes sortes de vicissitudes sans en être abattu, toujours roi, même dans l'exil, admiré du monde entier, né pour faire en tout lieu le bonheur des peuples, accueilli avec tendresse par Louis XV, son gendre, il gouverna la Lorraine plutôt en père qu'en maître, pourvut à ses besoins et ne cessa de l’embellir ; à jamais pleuré des malheureux qu'il secourut, des cités qu'il répara, de la religion qu'il édifia par ses exemples et défendit encore par ses écrits. Mort le 25 février 1766, âgé de 88 ans».
Avec peu de richesses, mais qu’une sage administration fit fructifier, il conçut avec sagesse mille projets pour le bien public, les entreprit avec ardeur et les exécuta avec magnificence.

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Détail du mausolée baroque de Catherine Opalinska par Nicolas-Sébastien Adam, grand sculpteur lorrain; l’ange et la reine agenouillée forment une diagonale , depuis le manteau jusqu’à l’index pointé vers les cieux qui montre les splendeurs célestes. 1749.

Ici repose, aux pieds de la Reine des cieux, Catherine Opalinska, reine de Pologne, grande duchesse de Lituanie, duchesse de Lorraine et de Bar.
Fille et mère de Rois, éminemment remarquable par sa piété envers Dieu, sa charité pour les pauvres, la pureté de ses mœurs et l’ élévation toute royale de son caractère ; toujours égale dans l’une ou l’autre fortune, avec la même grandeur d'âme qu'elle supporta l’adversité et la prospérité, elle vit son dernier jour, le 19 mars 1715, à l'âge de 67 ans.
Stanislas Ier roi de Pologne, grand-duc de Lituanie, duc de Lorraine et de Bar, éleva ce monument religieux de sa douleur et de celle de son peuple à son épouse bien-aimée, si digne de l'être.

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Monument du cœur de Marie Leszczynska par Louis- Claude Vassé;
le corps avait été enterré à Saint-Denis.
Le cœur et le linceul sont supportés par deux anges  en pleurs qui découvrent le portrait de la reine en médaillon (1768)

Cœur, ici déposé d'après son dernier vœu, de Marie Sophie, épouse de Louis XV, fille de Stanislas, digne du trône, de son père et du ciel. Morte à Versailles le 24 juin 1768.

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Chaire à prêcher en bois stuqué, non détruite à la Révolution;
de style rocaille annonciateur des décors de la Place Royale
Les panneaux de la rampe représentent Saint Pierre, Saint Paul et Saint-Luc et un décor tétramorphe ( attributs des évangélistes); sculpteur inconnu

Deux vitraux du chœur, don de l’impératrice Eugénie en 1869
le peintre est Laurent-Charles Maréchal  (messin)
Présentation de l’enfant Jésus au Temple
Mariage de la Vierge

L’archange Saint-Michel, l’une des huit statues / saints de la nef
il est le chef de la milice céleste et le défenseur de l’église; ainsi, il combat les anges rebelles et le dragon de l’apocalypse. Il conduit les morts et pèse la âmes le jour du Jugement
La balance est le symbole de la justice divine.
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Au-dessus de la cuve galbée, le dosseret de l’abat-voix représente la crucifixion avec la Vierge, Marie-Madeleine et Saint-Jean
deux palmes dorées soutiennent l’abat-voix

L’aigle de Saint-Jean et le bœuf de Saint-Luc  ou la leçon de théologie,
 en soutien de la cuve de la chaire

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Saint Stanislas, patron, avec Sainte-Catherine, de la reine et du roi de Pologne
le martyre de Saint- Stanislas montre l’assassinat de l’évêque en 1079 par le roi Boleslas II; Stanislas est un saint national en Pologne. 19ème siècle.

Détail d’un confessionnal par Eugène Vallin: commande du baron de Méneval ministre plénipotentiaire de France près la cours de Bavière, tout  comme les marbres qui pavent la nef et le cœur. 1884.
L’ange et les Attributs de la Miséricorde

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Deux anges tiennent la couronne de la Vierge, l’un symbolise la Lorraine et l’autre la France
La couronne de la Vierge a été offerte par Pie IX (suite aux vœux d’un grand seigneur romain qui souhaita qu’on couronne d’or les vierges les plus anciennes)

Réouverture officielle de l’église après sa restauration, les 28 et 29/06/2008 en présence de Pierre-Yves Caillault, architecte en chef des Monuments Historiques.
Messe célébrée en langues polonaise et française par Monseigneur Papin, en présence du Père Watorek .
Photo Michel Boulangé.


En conclusion:

L'église de Bonsecours tient une place particulière dans l‘histoire de la Lorraine, de la Bourgogne et de la Pologne

Chapelle de pèlerinage au départ puis église funéraire, elle rappelle:
- la bataille du 5 janvier 1477 contre les Bourguignons avec les soldats enterrés dans la fosse commune; Bonsecours est nécropole pour les Bourguignons

- Une première chapelle et l’installation des religieux Minimes ( par Henri II 1609)
- les victoires remportées par les chrétiens en Hongrie
- le lieu de prière des Ducs, en maintes circonstances
- La nouvelle église construite par Stanislas, roi de Pologne (1741)
- les cérémonies funèbres de Stanislas, de la Reine et de leur fille, reine de France 
- les profanations de 1793 et la dispersion des biens
- la reconstitution après le Concordat ( restauration du Chœur en 1806,…) et les visites du futur Charles X qui consacre la Vierge, de Louis Philippe, de la princesse Eugénie
- les Polonais viennent se recueillir devant leurs anciens roi et reine

Récemment, des étudiants polonais spécialisés dans la restauration de monuments choisissent Bonsecours comme projet d’études; l’appel d’offre est lancé; les travaux prendront fin en juin 2008.


Façade prévue par Emmanuel Héré (d'après son recueil)


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